La Fresque du Climat, ludique et collaborative

Mercredi 7 mai 2025

Image de personne dessinant une usine
©MaryLou Mauricio pour La Fresque du Climat
Marie-Francoise Holemans, secteur communication Ligue de l'Enseignement

La Fresque du Climat, un atelier pédagogique ludique et collaboratif, connaît un succès fulgurant. Scientifique mais volontairement accessible, cet outil de sensibilisation à la problématique climat se présente sous forme de jeu, à vivre par équipes en intelligence collective, pour un futur passage à l’action.

Comprendre les causes et les conséquences du changement climatique de manière ludique et créative est probablement la façon la plus impactante de mener à la transition. C’est en tout cas l’ambition et le pari de la Fresque du Climat1, une initiative créée en 2018 par Cédric Ringenbach, un ingénieur français spécialiste du changement climatique, convaincu que pour agir, il faut d’abord comprendre. Le jeu revendique l’objectivité et la neutralité car il s’appuie et vulgarise les données scientifiques publiées dans les rapports du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Lors de séances adaptées à des publics adultes, juniors ou experts, ce jeu permet de comprendre le fonctionnement, l’ampleur et la complexité des enjeux liés aux dérèglements climatiques.

Face à l’urgence et aux défis contemporains, la mission de la Fresque du Climat est de sensibiliser un maximum de personnes dans le monde à la compréhension des phénomènes climatiques. Son développement a été conçu de manière exponentielle, par la formation d’animateurs et animatrices agréées. Tout le monde peut d’ailleurs devenir «fresqueur» ou «fresqueuse» afin de basculer plus rapidement vers un monde bas carbone. La Fresque s’est ainsi exportée très rapidement jusqu’au Brésil, en Russie, en Chine, en Inde ou encore aux États-Unis grâce à des Français qui l’emportaient dans leurs bagages.

Prise de conscience des enjeux

En à peine quelques années, les ateliers de la Fresque du Climat sont devenus un outil pédagogique de référence, ayant réuni à ce jour plus de 2 millions de participant·es dans 168 pays, avec l’encadrement de quelque 93.000 bénévoles! Le jeu existe en 50 langues, du mandarin à l’arabe en passant par le russe et l’hindi. En Belgique, plus de 40.000 personnes ont déjà participé à une Fresque du Climat, soit un petit dixième des participations en France. Chez nous, les organismes qui animent ces ateliers pédagogiques et collaboratifs sont peu nombreux (voir encadré) mais ils forment chaque année des émules qui rejoignent le réseau international des «freskers».
Pionnier et référent national de la Fresque du Climat en Belgique, Paul Van Osselaer s’enthousiasme: «La Fresque est un écosystème très dynamique et original, qui connaît une expansion fulgurante. La recette de son succès est à trouver dans son mode de fonctionnement très horizontal, susceptible de remettre en cause le fonctionnement des entreprises! D’un point de vue sociologique, c’est un format très intéressant. La qualité de ce jeu, c’est qu’il permet de prendre de la hauteur et de faire des liens, et de garder une distance non partisane. La Fresque du Climat invite les gens à réfléchir par eux-mêmes à la société qu’ils souhaitent pour demain, compte tenu des contraintes actuelles. C’est un bras de levier dans une dynamique d’action

Depuis la création de la Fresque du Climat, ce format a même donné lieu à plus de 200 ateliers différents pour aborder des sujets spécifiques de manière synthétique, collaborative et ludique. Fresque des Nouveaux Récits, du Renoncement, des Déchets, de l’Alimentation ou encore de la Biodiversité en sont quelques exemples. Mais qu’est-ce qui caractérise ces ateliers? Participatifs et collaboratifs, ils sensibilisent à une thématique un petit groupe de six à sept personnes – éventuellement à plusieurs équipes – durant trois heures, en s’appuyant sur l'intelligence collective.

Image de personnes dessinant
©MaryLou Mauricio pour La Fresque du Climat

Liens de causalité des phénomènes climatiques

Chaque groupe se réunit autour d’une longue table recouverte de papier et y dispose progressivement les 42 cartes du jeu, en cherchant leurs liens de cause(s) à effet(s). Les cartes sont éventuellement déplacées au fur et à mesure de leur découverte et des informations complémentaires peuvent être données par l’animateur ou l’animatrice. Servant de support aux cartes, la longue feuille de papier permet aussi, durant la phase créative du jeu, de colorer les flèches tirées entre les cartes, de dessiner un futur désirable, et de clôturer en formulant un titre à la fresque ainsi réalisée.

«L’atelier est schématiquement découpé en deux parties, nous explique Nadège Vanhoutte, ingénieure chimiste, consultante en stratégie climat et animatrice de la Fresque du Climat. La première partie, informative et sensibilisatrice, dure 1h30. Elle repose sur les données scientifiques publiées dans les rapports du GIEC et elle délivre l’état de la science le plus solide par rapport au dérèglement climatique. La deuxième partie, de 1h30 également, se déroule sous forme de discussion bienveillante: comment se sent-on après cet exercice? que peut-on faire de nos émotions? quelles sont les croyances à déconstruire? quelles solutions envisager personnellement et collectivement?»

Paul Van Osselaer complète: «Les 42 cartes qui constituent le jeu résument et vulgarisent l’essence des 4000 pages de données scientifiques publiées dans les rapports du GIEC. Les cartes sont régulièrement mises à jour, en fonction des derniers rapports et de l’évolution rapide des scénarios. Les informations qu’elles contiennent reposent sur un consensus très fort de l’ensemble de la communauté scientifique (climatologues, chimistes, physiciens, glaciologues, etc.). Cela représente plusieurs milliers de personnes! Les rapports synthétisent les données de leurs recherches dans un texte le plus consensuel possible. C’est d’une richesse incroyable!»

La nécessité impérieuse de former celles et ceux qui exercent des postes à responsabilités s’impose maintenant. Et la Fresque du Climat a été un puissant vecteur de cette formation.

Initier une réflexion

En Belgique, les publics les plus sensibilisés à ce jour par la Fresque du Climat sont les entreprises, les écoles, les universités, le grand public et les associations. Pour animer ces ateliers, la communauté est constituée de plus de 2000 «freskers», dont 15 à 20% sont réellement actifs. En comparaison, ils sont 60.000 en France! Mais comment devient-on «fresker»? «La difficulté première de l’animateur ou l’animatrice est de jouer un rôle facilitateur, afin d’initier une réflexion chez chaque personne qui participe à l’atelier, pour qu’elle s’approprie ensuite la problématique, explique Paul Van Osselaer. Son rôle n’est ni celui de prof ni d’expert du climat. Tous les profils s’y retrouvent, de l’ingénieur industriel au psychologue en passant par le restaurateur! Chaque personne peut apporter sa créativité. Mais il faut un point de départ: une sensibilité à l’environnement, l’envie d’exercer du bénévolat, un talent pour transmettre des concepts et des réalités de manière la plus humaine possible et la capacité à accueillir les émotions suscitées par les défis climatiques. Pour devenir animateur ou animatrice, il faut bien sûr suivre une formation. Mais pour conserver un bon niveau de qualité, même si la formation continue n’est pas systématisée, la communauté de la Fresque partage des vidéos, des conseils de lecture, des invitations à des conférences, afin d’évoluer dans son parcours.»

Dans la postface qu’il signe pour l’ouvrage La Fresque du Climat. Comprendre les enjeux climatiques pour agir2, le politologue et chercheur belge François Gemenne, membre du GIEC, avertit: «Si chacun s’accorde à reconnaître que l’éducation est une des clés de la transition, nous sommes aussi tenus par l’urgence: nous n’avons simplement pas le temps d’attendre que celles et ceux qui sont jeunes aujourd’hui, et qui ont donc été formé·es à l’école ou à l’université sur ces questions, arrivent à des postes à responsabilités. La nécessité impérieuse de former celles et ceux qui exercent des postes à responsabilités s’impose maintenant. Et la Fresque du Climat a été un puissant vecteur de cette formation.» Mais il nuance aussitôt: «Si l’action contre le changement climatique reste aujourd’hui en deçà de ce que l’urgence et l’amplitude du problème commanderaient, ce n’est pas uniquement le fait d’un déficit de formation, mais aussi d’un manque de volonté. Il ne faudrait pas être naïf au point de penser que le déploiement massif de la Fresque, à lui seul, pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre»…

  • 1https://fresqueduclimat.org/
  • 2RINGENBACH C., JULIEN J.-P. et NICOLAS J. La Fresque du Climat. Comprendre les enjeux climatiques pour agir, Pearson, 2024, 224 p.

La Fresque du Climat en Belgique

Vers quel organisme se tourner pour organiser ou suivre un atelier Fresque du Climat en Belgique?

  • Communauté des Fresqueurs et Fresqueuses

    Logo de climatefresk.org

Ateliers proposés par des animatrices et animateurs bénévoles dans toute la Belgique, à destination de tout public (programmés dans certaines communes et organisés sur demande chez soi, à l’école des enfants, dans une association de quartier, etc.)
Contact: Paul Van Osselaer, belgium@climatefresk.org
Agenda des ateliers: http://tiny.cc/ClimateFreskBelgium

  • Coherence Climate Strategy Consulting

    Logo de Coherence Climate Strategy Consulting

A destination des entreprises, des associations, des universités, dans le cadre d’une formation sur le changement climatique, d’un séminaire ou d’un teambuilding. Formation de freskers également.
Organiser une Fresque du Climat dans votre entreprise - Coherence Climate Strategy Consulting
Contact: Nadège Vanhoutte, nadege.vanhoutte@coherence-carbon-consulting.com

  • GoodPlanet Belgium asbl

    Logo de GoodPlanet Belgium asbl

Dans les classes ou en entreprise, partout en Belgique. Vaste programme d’autres projets à destination des écoles.
https://www.goodplanet.be/fr/fresque-du-climat/

 

  • Empreintes asbl

    Logoe de Empreintes asbl

Uniquement pour les professionnel·les de l'éducation en contact avec des jeunes à partir de 14 ans, à Namur ou dans vos locaux.
https://www.empreintes.be/fresque-climat/

 

  • Oxfam Belgique asbl

    Logo Oxfam Belgique asbl

Pour tout type de public (jeunes, adultes, entreprises, associations), en particulier étudiant·es et membres du corps enseignant dans leur établissement. La Fresque peut être accompagnée d’un module davantage axé sur la justice climatique et illustré par le travail d’Oxfam, et d’un moment sur des pistes de solution.
https://oxfambelgique.be/oxfam-lecole/la-fresque-du-climat
Contact: Emma Krug, emma.krug@oxfam.org

Vivre une Fresque: une expérience intellectuelle et émotionnelle

Le lieu embaume les savons naturels, le chauffage est à son minimum au cœur de l’hiver, la soirée s’annonce sous le signe du changement. Du changement climatique au changement des comportements, en passant par l’information, la prise de conscience, l’effarement, la colère, la peur, la culpabilité, puis la créativité. Des émotions qui ont pour fonction de nous alerter et de nous inviter à la transformation, à l’action.
Des phrases nous frappent ou nous glacent: «Cent pourcents du changement climatique est causé par les activités humaines», «Pour rester sous les deux degrés d’augmentation des températures, le monde doit atteindre la neutralité carbone en 2050», «Un milliard de personnes sur Terre dépendent de l’eau douce des glaciers». Des faits scientifiques, régulièrement entendus ou qui s’imposent pour la première fois, tels le phénomène de submersion marine, la boucle de rétroaction, le forçage radiatif, l’effet de serre additionnel ou encore le point de bascule.

Le début de l’atelier est ce moment où l’on enregistre une grande quantité de données, au risque d’en oublier en cours de route: «Le protoxyde d’azote (N2O), un gaz à effet de serre émis par l’agriculture, est 300 fois plus réchauffant que le dioxyde de carbone (CO2) émis par la combustion des énergies fossiles», «Préférez les termes dérèglement climatique à réchauffement climatique car on le confond avec le réchauffement de l’atmosphère», «Si on reste sous les deux degrés de réchauffement, on s’écarte du risque de point de bascule». On prend conscience des risques mais on constate aussi des réalités déjà bien visibles, comme l’acidification des océans, la perte de biodiversité, les canicules, les conflits armés, les déplacements de population ou l’accroissement des inégalités.

Au terme de l’atelier, la tête tourne déjà mais on est invité·e à réfléchir personnellement à des actions à mettre en œuvre à titre individuel (privilégier les transports en commun, réduire sa consommation de viande, réévaluer sa notion du succès professionnel, écouter et travailler sur ses émotions, se former pour argumenter, par exemple) et à titre plus collectif et sociétal, dans ses différents cercles d’influence (familial, amical, professionnel, associatif, etc.). Puis on se quitte en se rassurant: face à l’immensité de la tâche, nos épaules ne peuvent pas tout, mais nous ne sommes pas seul·es à cheminer…

Personne tenant une carte en main
© M.-F. Holemans
Couverture du numéro 194 de la revue Éduquer

mai 2025

éduquer

194

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