Éducation physique: émanciper par le corps

Bouger plus, pour vivre mieux. L’injonction est partout, mais résonne de plus en plus dans le vide. En 2022, à peine 12% des élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles atteignaient les recommandations de l’OMS en matière d’activité physique. Cette chute est constante depuis une décennie. Et elle révèle une mutation globale, où progressivement la sédentarité impose ses normes.

Pendant que les écrans capturent l’attention, les corps s’affaiblissent. Alors que les capacités physiques des jeunes déclinent, l’obésité progresse. Et les inégalités se gravent jusque dans les chairs: filles moins actives, milieux populaires surreprésentés dans les statistiques de surpoids ou disparités territoriales. Le corps est le reflet de la société.

De l’autre côté du miroir, peut-on attendre du sport qu’il corrige les inégalités qu’il reproduit lui-même? Derrière l’idéal d’un remède universel, les pratiques sportives perpétuent souvent les exclusions qu’elles prétendent combattre. Dopé à la culture de la compétitivité, le terrain de jeu peut se transformer en arène, où s’affrontent
inclusions et discriminations.

Face à ces défis, l’éducation physique se refait une santé. Depuis 2024, une troisième période hebdomadaire est devenue obligatoire dans tout l’enseignement francophone, portée par le Pacte pour un Enseignement d’excellence. Cette évolution s’inscrit dans un changement de paradigme: dépasser les codes du sport-performance
afin de transmettre des clés pour maintenir une activité physique à long terme.

Pour penser autrement la place du corps à l’école, ce dossier croise les regards de sociologues, enseignant·es, athlètes et chercheur·euses. De la réforme éducative au décrochage sportif des adolescent·es, des inégalités de genre à la remise en question du mythe intégrateur, toutes et tous convergent sur l’importance de l’encadrement. Parce que des pratiques saines peuvent réellement y devenir universelles, l’école s’affirme comme un échauffement à la vie adulte épanouie. Sa mission émancipatrice engage dans un même élan le corps et l’esprit, formant, selon les mots de l’un des architectes de cette réforme, «des citoyens physiquement responsables».

Dossier réalisé par Timothé Fillon

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Couverture de la revue Eduquer n°195 consacrée au sport
juin 2025